Marius Borgeaud
La table et les deux bols, 1922

  • Marius Borgeaud (Lausanne, 1861 - Paris, 1924)
  • La table et les deux bols, 1922
  • Huile sur toile, 65,5 x 81 cm
  • Acquisition, 1942
  • Inv. 513
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Cette œuvre fait partie de celles qui, parmi les quelque trois cents toiles peintes par Borgeaud, réalisent la quintessence de son esthétique. Ici, son univers aux sujets déjà très restreints et inlassablement explorés – natures mortes, scènes de la vie bretonne, intérieurs – atteint le plus grand dépouillement, son art la plus grande synthèse.

Peinte deux ans avant le décès de l’artiste, La table et les deux bols montre l’intérieur d’une maison au Faouët, en Bretagne. Au premier plan, on voit une miche de pain, deux bols et deux cuillères qui projettent sur une table de grandes ombres, gages de leur matérialité. De part et d’autre, on découvre une chambre plongée dans l’obscurité, dont les lignes de fuite convergent vers une fenêtre aux vitres réfléchissant la nature environnante. Au mur sont accrochées deux estampes, images dans l’image. Enfin, au centre de la composition, est posé un pot de fleurs, qu’un violent contre-jour réduit à une masse d’un vert obscur, dont s’échappent cependant quelques fleurs rouges éclairées par le soleil.

Le tableau est empreint d’une sévérité qui fait songer aux plus austères des peintures de vanités, celles qui dans la France du XVIIe siècle accompagnent les méditations jansénistes sur la mort et la fragilité de la condition humaine. La panoplie des objets réunis par Borgeaud se révèle cependant pauvre en symboles : un pain à peine entamé et des bols vides, qui signalent tout au plus une absence. Aussi le coup de force réside-t-il dans l’ouverture en arrière-fond sur un paysage inondé de lumière, qui place la nature morte très précisément au point de rencontre entre intérieur et paysage. Celle-ci devient ainsi la métaphore de la force vivifiante du soleil, d’une forme de renaissance éprouvée par Borgeaud lors de ses nombreux séjours dans des régions (l’Algérie, Séville, la Bretagne) où les forts contrastes entre ombre et lumière rejouent au quotidien le combat de la vie et de la mort.

Exposé actuellement

La collection

Bibliographie

Bernard Wyder, avec la collaboration de Jacques Dominique Rouiller, Marius Borgeaud. L’Homme, l’œuvre 1861-1924, Lausanne, La Bibliothèque des Arts, 1999, n° 268.

René Berger, Edith Carey et alii, Marius Borgeaud : poète de la lumière et magicien de la couleur, Denges, Éditions du Verseau, 1993.