François Dubois
Le Massacre de la Saint-Barthélemy, vers 1572-1584

  • François Dubois (Amiens, 1529 - Genève, 1584)
  • Le Massacre de la Saint-Barthélemy, vers 1572-1584
  • Huile sur bois de noyer, 93,5 x 154,1 cm
  • Don de la Municipalité de Lausanne, 1862
  • Inv. 729
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Ce tableau représente la tuerie des protestants déclenché à Paris le 24 août 1572 et poursuivie pendant plusieurs jours, dite massacre de la Saint-Barthélemy. Il met en scène les principaux épisodes de cette page sanglante des guerres de Religion dans une vue saisissante de la ville de Paris.

La topographie est manipulée pour montrer les lieux principaux de cette tragédie. On reconnaît à gauche l’église du couvent des Grands-Augustins (aujourd’hui disparue) où sonna le tocsin qui déclencha les tueries, la Seine et le pont des Meuniers. Au centre, le Louvre et Catherine de Médicis, la veuve noire, considérée comme la principale instigatrice du massacre. Au premier plan, l’hôtel particulier d’Anne de Laval, devant lequel l’amiral de Coligny, chef du parti protestant, est tué avant d’être défenestré, décapité et châtré. Réunis autour de son cadavre, les chefs du parti catholique, les ducs de Guise et d’Aumale et le chevalier d’Angoulême. À droite, la porte Saint-Honoré et, sur la colline de La Villette, le gibet de Montfaucon, où le corps de l’amiral sera pendu par les pieds. Rassemblant plus de cent cinquante figures, l’œuvre est un véritable catalogue de la cruauté en période de guerre civile : femme enceinte éventrée, enfants traînant un nourrisson au bout d’une corde, homme embroché sur une pique de rôtisseur, cadavres dénudés et empilés, maisons pillées.

Ce tableau est tout à fait exceptionnel en raison de la qualité de son exécution, mais aussi parce que les représentations contemporaines de la Saint-Barthélemy sont très rares. Il porte sur la première marche du perron de l’hôtel devant lequel on assassine l’amiral de Coligny l’inscription « franciscus Sylvius Ambianus pinx[it] ». La localisation de cette inscription, signature du peintre François Dubois dont c’est la seule peinture connue à ce jour, en dit long sur les convictions de ce protestant d’Amiens réfugié à Genève après le massacre.

Bibliographie

Frédéric Elsig (dir.), De la Renaissance au Romantisme. Peintures françaises et anglaises du Musée des Beaux-Arts de Lausanne, Les Cahiers du Musée des Beaux-Arts de Lausanne n°18, 2013, n° 2.

Dominique Radrizzani, « Les protestants et les coiffeurs. De Simon Goulart à Christian Boltanski », in Ralf Beil (dir.), Le monde selon François Dubois, peintre de la Saint-Barthélemy, Les Cahiers du Musée des Beaux-Arts de Lausanne n°13, 2004, p. 20-29, n° 42.