Richard Artschwager
Splatter Piano II, 1995

  • Richard Artschwager (Washington, D.C., 1923 - Albany, 2013)
  • Splatter Piano II, 1995
  • Formica et vernis sur bois, aluminium , env. 170 x 127 cm
  • Collection Alain et Suzanne Dubois. Promesse de don
  • Inv. Alain_192
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Artschwager subit l’influence d’une mère artiste et d’un père botaniste. Sans jamais vraiment renoncer aux arts visuels – il sera, par exemple, l’assistant d’Amédée Ozenfant à Paris en 1949 –, il étudie les sciences, avant de subvenir aux besoins de sa famille en fabriquant des meubles. Cette activité prospère prend fin lorsque son atelier est détruit par un incendie en 1958. Il reprend alors des cours de dessin et reconsidère sa passion pour l’art.

Souhaitant mieux mettre à profit son savoir-faire, Artschwager donne très rapidement une nouvelle orientation à son travail. Interrogeant les caractères utilitaire et esthétique des objets, il transpose son artisanat dans le domaine des beaux-arts. Il fabrique d’abord de petites sculptures murales, puis explore des formats à échelle humaine. Jeux de formes géométriques, de couleurs (parfois acides) et de matériaux industriels, à des fins d’illusion, ses œuvres associent volume et picturalité. Ainsi l’archétypique Description of Table (1964, New York, Whitney Museum of American Art), un parallélépipède rectangle qui porte l’image, en formica, d’une table en bois recouverte d’une nappe blanche, avec un espace négatif (noir) entre les quatre pieds.

Splatter Piano II fait partie d’un ensemble d’œuvres plus tardif dans lequel l’artiste poursuit ces jeux, avec une plus grande sophistication. Un piano à queue réduit aux deux dimensions est « éclaboussé » (splatter[ed]) dans l’angle d’une pièce. Artschwager donne ici une réponse à l’occupation de l’espace, souvent perdu. L’axe vertical subdivise l’instrument en deux parties : formica d’une part, imitation bois d’autre part, avec un effet peinture pastichant les veines du bois. La partie droite est également sertie d’une plaque d’aluminium qui réfléchit le cahier à partitions rose et le faux bois brun, minant un peu plus la compréhension de cet objet « cubiste ». Les qualités formelles et fonctionnelles du piano sont exploitées si loin que son effigie converge vers un style au kitsch certain.

Bibliographie

Jennifer R. Gross (éd.), Richard Artschwager, cat. exp. New York, Whitney Museum of American Art, Los Angeles, Hammer Museum, 2012.

Arthur C. Danto, Jacinto Lageira et Ingrid Schaffner, Richard Artschwager, cat. exp. Jouy-en-Josas, Fondation Cartier pour l’art contemporain, 1994.

Jörg Zutter (dir.), Un musée pour demain ? L’art contemporain dans des collections privées vaudoises, Les Cahiers du Musée des Beaux-Arts de Lausanne n° 8, 1999, p. 36, no 2.