Utrillo Maurice
Paysage, Corse, 1913

  • Paysage, Corse, 1913
  • Huile sur toile, 54 x 73 cm
  • Dépôt à long terme de Max Bangerter, 1962
  • Inv. 1962-020
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Fils de Suzanne Valadon, modèle et artiste autodidacte, Utrillo est encouragé à peindre dès l’adolescence. Cette injonction maternelle – d’abord thérapie pour calmer ses accès de violence et combattre son alcoolisme précoce – révèle son talent. Dès les années 1920, il rencontre un grand succès avec ses vues des rues désertes et des façades colorées de Montmartre. Alors que ses prédécesseurs, à l’instar de Toulouse-Lautrec, avaient montré le brouhaha des cafés et la vie de bohème sur la Butte, ses paysages urbains frappent par leur austérité et par le sentiment de solitude qui s’en dégage.

Après des débuts caractérisés par une matière épaisse, posée par empâtements, et par des couleurs sombres, s’ouvre au début des années 1910 la « période blanche » d’Utrillo. Sa palette s’éclaircit. Aux ocres verts et bleus, l’artiste préfère désormais le blanc de zinc, posé au couteau, parfois mélangé à du plâtre. À cette époque, il ne quitte Montmartre que pour se rendre à Sannois, en banlieue parisienne, où il est soigné par le docteur Revertégat. Quelques voyages avec sa mère et son beau-père André Utter viennent seuls rompre cette monotonie. À l’automne 1913, le trio se rend en Corse. Taciturne, Utrillo ne se laisse pas bouleverser par l’Île de Beauté. Partout il tourne le dos à la mer, lui préférant les rues de Corte ou de Belgodère. Là, il poursuit sa quête des façades aux couleurs minérales qu’animent, comme ici, quelques persiennes vertes ou grises. Certes, davantage qu’à Paris, ses blancs contrastent avec des tons plus méridionaux faits de bruns et d’ocres, mais le soleil du Sud ne ravive pas son chromatisme qui se maintient dans une gamme assourdie.

En Corse comme à Paris, Utrillo fuit l’agitation, l’anecdote et la narration, pour se réfugier dans la contemplation rêveuse d’architectures anonymes et sans âme. Rues vides et volets clos contribuent, ici, une fois encore à laisser s’exprimer cette mélancolie profonde qui fait en partie son tempérament.

Bibliographie

Jacqueline Munck, « Maurice Utrillo, “le simple” », in Marc Restellini (dir.), Valadon Utrillo. Au tournant du siècle à Montmartre – de l’impressionnisme à l’École de Paris, Paris, Éditions Pinacothèque de Paris, 2009, p. 49-57.