Jacques Sablet
Portrait de famille avec le Colisée, 1791

  • Jacques Sablet (Morges, 1749 - Paris, 1803)
  • Portrait de famille avec le Colisée, 1791
  • Huile sur toile, 60 x 72 cm
  • Dépôt de la Fondation Gottfried Keller, Office fédéral de la culture, Berne, 1932
  • Inv. 738
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

L’impression d’un instantané donnée par ce portrait est caractéristique des conversation pieces, ces portraits de groupe informels, le plus souvent en plein air, qui sont en vogue en Angleterre dès la seconde moitié du XVIIIe siècle. À Rome, Sablet s’empare de la formule au début des années 1790. Il la miniaturise et la démocratise, proposant à une clientèle en quête de plus de simplicité une alternative bienvenue au style solennel du portrait d’apparat.

Ce portrait de famille exprime le goût de l’Antiquité et l’amour de la nature de l’époque. Sablet le situe sur le Palatin, avec une vue plongeante sur le Colisée. Les trois jeunes gens et leur chien se sont installés avec nonchalance dans le cadre pittoresque des jardins Farnèse, parsemés de nombreux vestiges. Ils sont vêtus dans cette mode nouvelle qui donne plus de liberté aux corps. La jeune femme porte une toque en mousseline et une robe fourreau ceinturée ; elle tient une badine et un carnet. Ses compagnons portent l’habit dégagé : une redingote échancrée très haut sur un gilet brodé, une culotte et des bas. Ils ont les cheveux libres et légèrement poudrés. L’un exhibe les gants jaunes du dandy, l’autre un Claude glass (miroir noirci qui permettait de cadrer et d’unifier les tonalités du paysage).

Sablet déploie ici une science remarquable de la notation de la lumière, qui lui vaudra le surnom de peintre du soleil. Grâce à l’artifice d’une ligne d’horizon très basse, les silhouettes se détachent comme découpées au ciseau sur un fond de ciel bleu clair, subtilement modulé de nuages. La palette est claire et raffinée. Le chromatisme est efficace, reposant sur l’opposition du blanc et du noir, et sur quelques notes vivement colorées, franches et isolées. Le soleil traverse les feuillages. Le modelé des chairs est doux, attentif à rendre l’humanité des modèles.

Bibliographie

Anne van de Sandt, Les frères Jacques et François Sablet. Collections du Musée des Beaux-Arts de Lausanne, Les Cahiers du Musée des Beaux-Arts de Lausanne n° 19, 2015, n° 12.

Anne van de Sandt et alii, Les frères Sablet (1775-1815). Peintures, dessins, gravures, cat. exp. Nantes, Musées départementaux de Loire-Atlantique, Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts, Rome, Palazzo Braschi, Rome, Carte Segrete, 1985, n° 23.