Kauffmann Angelika
Portrait du docteur Auguste Tissot, 1783

  • Portrait du docteur Auguste Tissot, 1783
  • Huile sur toile, 94,6 x 79,7 cm
  • Acquisition avec de nombreux concours, 1928
  • Inv. 763
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Célébré par Voltaire qu’il soigne, en correspondance régulière avec Jean-Jacques Rousseau, le médecin vaudois Auguste Tissot se fait remarquer dès 1752 par son dévouement lors d’une épidémie de variole, qui le fait surnommer le « médecin des pauvres ». Il publie plusieurs traités, notamment L’Inoculation justifiée (1754), L’Onanisme (1758) et surtout l’Avis au peuple sur sa santé (1761), qui sera lu dans l’Europe entière. Malgré de nombreuses et prestigieuses sollicitations, il demeure à Lausanne, à l’exception de quelques voyages et des quatre semestres d’enseignement qu’il donne à l’Université de Pavie (1781-1783). C’est à cette occasion qu’il se fait portraiturer par sa compatriote Angelika Kauffmann.

Lors de son premier séjour en Italie au début des années 1760, Kauffmann a subi l’influence de peintres tels que Pompeo Batoni, précurseur du néo-classicisme, et s’est forgé rapidement une réputation de portraitiste talentueuse. De retour en Italie vingt ans plus tard après un long séjour à Londres (où elle est l’une des deux femmes à faire partie des membres fondateurs de la Royal Academy), l’artiste travaille à Venise, puis à Naples, et enfin à Rome où elle s’établit.

Comparé à celui de Johann Joachim Winckelmann que Kauffmann a exécuté en 1764 (Zurich, Kunsthaus), ce Portrait du docteur Auguste Tissot, qui en reprend les principaux éléments de la pose et du décor, manifeste dans son langage un adoucissement et un caractère onctueux caractéristiques des années 1780. La composition évacue le langage des attributs en faveur d’une approche intimiste : le regard fixe du médecin – perdu dans ses pensées – et le rai de lumière qui passe de son front à la page sur laquelle s’est arrêtée sa plume suffisent à signifier sa qualité d’homme des Lumières. Ce portrait exprime déjà la même sensibilité pré-romantique.

 

Bibliographie

Frédéric Elsig, Peintures des écoles du Nord (XVIe-XVIIIe siècles), Les Cahiers du Musée des Beaux-Arts de Lausanne n°16, 2007, n° 35.

Bettina Baumgärtel, Angelika Kauffmann, Ostfildern, G. Hatje, 1998.

Entre Rome et Paris. Œuvres inédites du XIVe au XIXe siècle, Les Cahiers du Musée des Beaux-Arts de Lausanne n° 4, 1996, p. 28.