Émile-Antoine Bourdelle
Tête d’Apollon, entre 1900 et 1909

  • Émile-Antoine Bourdelle (Montauban, 1861 - Vésinet, 1929)
  • Tête d’Apollon, entre 1900 et 1909
  • Bronze partiellement doré, fonte à la cire perdue Alexis Rudier, 67 x 23 x 30 cm
  • Legs d’Henri-Auguste Widmer, 1939
  • Inv. 50
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Bourdelle, qui étudie l’art grec avec ardeur, s’inspire de sujets antiques pour de nombreuses œuvres. Parmi celles-ci cette Tête d’Apollon qui est modelée en terre vers 1898 alors que l’artiste est encore exécutant dans l’atelier d’Auguste Rodin, puis délaissée. En 1900, le sculpteur revient vers cette pièce. Abandonnée près de deux ans à l’atelier, elle est marquée par le passage du temps. Il fait alors le choix d’exploiter ces traces – entailles, anfractuosités, mutilations – pour lui donner un sens nouveau.

Par l’acceptation de ces imperfections, Bourdelle rompt à la fois avec le goût classique pour les carnations marmoréennes et avec le goût romantique pour la virtuosité. À partir de moulages en plâtre, il retravaille la tête jusqu’en 1909. Le modelé rugueux et nerveux, la vigueur des traits associés à la conservation des altérations subies, le choix d’un dépouillement de la forme plutôt que d’une sensualité du modelé, marquent une prise de distance avec l’art de Rodin. Bourdelle se dégage ainsi de l’influence de son maître et cherche sa propre voie. Il synthétise, construit la forme en la simplifiant et s’oriente vers un style plus architecturé. C’est peut-être cette nouvelle radicalité qui lui fera dire à ses élèves : « Ici, nous enlevons la peau du modèle et nous regardons en dedans », ou encore : « Quand une sculpture est faite comme je vous dis, ce n’est pas de la ressemblance que vous obtenez, c’est de la présence » (Cours des 19 et 26 mai 1910).

La disposition de la tête sur un socle facetté et asymétrique annonce aussi une nouvelle ère. La base revêt autant d’importance que le visage qu’elle dégage et qu’elle met en valeur par ses décrochements successifs et rythmés. D’autres exemplaires de la Tête d’Apollon sont conservés au Musée Bourdelle et au Musée d’Orsay à Paris, ainsi qu’au Nationalmuseum de Stockholm.

Bibliographie

Colin Lemoine, Antoine Bourdelle, l’œuvre à demeure, Paris, Paris-Musées, 2009.

Antoine Bourdelle, Cours et leçons à l’Académie de la Grande Chaumière, 2 tomes, Paris, Paris-Musées, 2008.