Karel Appel
Varkensmens ou L’arcade, 1961

  • Karel Appel (Amsterdam, 1921 - Zurich, 2006)
  • Varkensmens ou L’arcade, 1961
  • Huile sur toile, 129,5 x 162 cm
  • Collection Alain et Suzanne Dubois. Promesse de don
  • Inv. Alain_196
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

En réaction à la Seconde Guerre mondiale qui laisse une civilisation dévastée, Appel crée une peinture qui reprend à son compte la sauvagerie des événements vécus, tout en exprimant une véritable joie de peindre. « Je travaill[ais] comme un barbare dans une époque barbare », confiera-t-il à André Verdet. Ayant acquis une solide formation de peintre, il aspire aussi à se défaire de ce qu’il a appris et à renouer avec une forme de spontanéité enfantine.

La volonté de s’affranchir des conventions propres à un art bourgeois l’amène à cofonder, avec Constant Nieuwenhuys et Corneille, le Nederlandse Experimentele Groep [Groupe expérimental hollandais] à Amsterdam, en juillet 1948. Les trois compatriotes participent, en novembre de la même année à la création de CoBrA (pour Copenhague – Bruxelles – Amsterdam) à Paris, avec d’autres poètes et artistes dont Pierre Alechinsky, Christian Dotremont et Asger Jorn.

On retrouve dans Varkensmens, les couleurs vives qu’Appel affectionne comme le bleu et le rouge, mais aussi le gris. Il l’explique à Frédéric de Towarnicki, « la couleur est en effet mon premier stimulant. Elle me frappe d’abord, vient ensuite la forme, c’est-à-dire le dessin, et lorsque le dessin s’ébauche, j’interprète l’histoire. » Il faut lire là l’influence du colorisme d’Henri Matisse, dont Appel a pu voir des œuvres à Amsterdam peu avant la guerre. Comme toujours chez lui, l’excès dans les formes et les couleurs participe d’une caractérisation crue et sommaire des visages : les traits de ce Varkensmens (« homme-cochon » en néerlandais), cou large et poing en l’air, sont grossiers jusqu’à le rendre ridicule. Rapidement exécuté, ce qui peut se lire comme un barbouillage n’a rien de naïf. Appel se situe à la limite de la lisibilité des formes. Il représente une figure en quelques gestes rapides qui à la fois la construisent et la dénaturent, la créent et la détruisent.

Exposé actuellement

La collection

Bibliographie

Choghakate Kazarian (éd.), Karel Appel, cat. exp. Paris, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, Paris, Paris Musées, 2017.

Karel Appel, Frédéric de Towarnicki et André verdet, Propos de liberté de Karel Appel 1974-1984, Paris, Éditions Galilée, 1985 (coll. Écritures/Figures).