Asger Jorn
Vol de Viol de Fgary de Gambe, 1969

  • Asger Jorn (Vejrum, 1914 - Aarhus, 1973)
  • Vol de Viol de Fgary de Gambe, 1969
  • Décollage, 65 x 50 cm
  • Collection Alain et Suzanne Dubois. Promesse de don
  • Inv. Alain_418
  • © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

Membre de plusieurs groupes poético-politiques, dont CoBrA (1948-1951) et l’Internationale situationniste (1957-1972), Jorn est connu avant tout pour sa peinture expressive et naïve, mais aussi pour la série des Modifications (1959), interventions sur des tableaux acquis dans des brocantes. Au cours d’une brève période, il développe un corpus d’œuvres, partageant avec ses toiles le goût du hasard et de la couleur explosive ainsi que de la saturation, mais de formats plus modestes, dont l’origine est la pratique du collage. En 1964, le Danois crée ses premiers « décollages », compositions réalisées à partir des couches superposées d’affiches collées sur les murs ou les panneaux publics en France.

Alors que le collage est une méthode additive, le décollage se pratique par soustraction : travaillant rapidement, avec un vrai plaisir, Jorn déchire et retranche des couches de papier jusqu’à obtenir les formes et les rapports chromatiques recherchés. Ce processus offre une part de hasard puisque l’artiste est dépendant de son matériau : il ne sait jamais en effet ce qu’il va trouver en-dessous et ne contrôle que partiellement la déchirure du papier. Le décollage est une technique faussement spontanée, semblable à celles qu’emploient les artistes du Nouveau Réalisme comme François Dufrêne, Raymond Hains ou encore Mimmo Rotella.

Si Jorn intervient parfois avec de la peinture ou du dessin, ce n’est pas le cas sur ce décollage de 1969, dernière année de production de ce type d’œuvres. Cette composition très contrastée, entre les larges zones noires et le centre constitué de lambeaux blancs, met en valeur les quelques fragments de couleur. L’artiste, qui titre ses œuvres après leur création, semble avoir souvent cherché à interpréter les images issues de ces arrangements. Ici, il nous invite à percevoir en relation avec le titre une viole de gambe dérobée. La matérialité du décollage ouvre toutefois un imaginaire sans limites.

 

Bibliographie

Rainer Michael Mason, Dieter Schwarz, Didier Semin et alii, Asger Jorn. Un artiste libre, cat. exp. Lausanne, Fondation de l’Hermitage, Lausanne, La Bibliothèque des Arts, 2012.

Asger Jorn. Décollagen, cat. exp. Berlin, Galerie Michel Haas, 1989, couverture et no 14.

Frank Whitford, « Collages and décollages », in Guy Atkins, avec la collaboration de Troels Andersen, Asger Jorn. The Final Years 1965-1973. A Study of Asger Jorn’s Artistic Development from 1965 to 1973 and A Catalogue of His Oil Paintings from that Period, Paris, Yves Rivière, 1981, p. 59-73.